LA POSTE AUX CHEVAUX.

Les relais de poste en Loire Inférieure

Service de messagerie Nantes -Laval en 1845

Extrait de la liste générale des postes pour 1782

L'hôtel de la Poste à Clisson

Rue des Arts à Nantes (aujourd'hui rue Jean Jaures )

Le relais de poste de Rozay (commune de Plessé)
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Jusqu'à la fin du XVème siècle, pour porter ses dépêches, le roi de France fait appel à des familiers, des hommes de confiance. Ces hommes, qu'on appelle chevaucheurs et qui dépendent du grand écuyer, emportent, au galop de leur cheval, les plis du souverain à leur destinataire. Les délais de transmission sont longs car le même cavalier accomplit tout le parcours.

Louis XI, désirant faire parvenir ses lettres au plus vite à destination, fait établir, sur des itinéraires précis, des relais également espacés, tenus chacun par un *chevaucheur de l'Ecurie du Roy". On dira que ces routes ont été "mises en poste". Le chevaucheur doit impérativement posséder, dans l'écurie de son relais, un ou plusieurs chevaux de réserve. Son rôle est de contribuer à faire parvenir à destination le courrier du roi. Deux éventualités peuvent se présenter :

- soit il reçoit lui-même la missive royale apportée au galop par le chevaucheur du relais précédent; il enfourche alors aussitôt un cheval frais de son écurie et porte en personne le pli du roi jusqu'au relais suivant en maintenant sa monture au galop;

- ou bien c'est un courrier qui se charge du paquet d'un bout à l'autre de la route à parcourir; dans ce cas, chaque chevaucheur lui fournit un cheval frais capable d'aller au galop jusqu'au relais suivant.

A l'origine, les relais sont espacés d'environ 7 lieues (28 Km.). Celà correspond sensiblement à la distance qu'un cavalier peut parcourir au galop dans les meilleurs délais sur les routes de l'époque. (1) Par la suite, cet espacement sera réduit à 3 ou 4 lieues (12 à 16 Km.).

Henri IV créa la poste aux chevaux proprement dite destinée à procurer à tous des chevaux de trait pour la selle et pour le trot. Mais, en fait, ce service, au fil des années, assura surtout, sauf de rares exceptions, le service de la poste aux lettres jusqu'au règne de Louis XVI. TURGOT, désirant donner au commerce et au peuple une certaine liberté de communication, essaya de réunir la poste aux chevaux et les messageries et d'organiser le service des diligences. Le 12 août 1775, une ordonnance royale régla les détails du fonctionnement du nouveau service. Elle créait des voitures à 8 places et enjoignait aux maîtres de poste de fournir 6 chevaux pour traîner les diligences dont la charge n'excédait pas 18 quintaux. Le nombre des chevaux était porté à 7 pour une charge de 21 quintaux et 8 pour 24 quintaux. Et il devait être payé aux maîtres de poste 20 sols par poste et aux postillons 10 sols. Le 23 janvier 1777, la marche des diligences conduites par les chevaux de poste fut réglée à 2 lieues à l'heure. A la veille de la Révolution, la poste aux chevaux comptait environ 3.000 relais. (2)

Dans la nuit du 4 août 1789, on abolit tous les privilèges; ceux des maîtres de poste suivirent ceux de la noblesse et du clergé et la ruine s'abattit sur les relais. En outre, les gages des maîtres de poste créés par un édit de 1713 et leurs indemnités furent supprimés par un décret du 19 juin 1790. Les maîtres de poste, du moins pour la plus grande partie, abandonnèrent alors leurs relais.

Divers essais de réorganisation furent tentés sans grand succès jusqu'à l'accession des messageries à la liberté en l'an VI. Et c'est la loi du 19 frimaire an VII (9 décembre 1798) qui fixa la nouvelle législation de la poste aux chevaux et définit nettement son rôle et son organisation. Mais son article 5 introduisait une exception au monopole des relais concernant les voitures publiques et le transport des dépêches qui était si large qu'il fallut la restreindre. Ce fut fait par la loi du 15-25 ventôse an XIII (6-16 mars 1805). Elle ordonne que tout entrepreneur de voitures publiques et de messageries qui ne se sert pas des chevaux de la poste est tenu, par poste et par cheval attelé à chacune de ses voitures, de verser 25 centimes aux maîtres des relais dont il n'emploie pas les chevaux. Ce principe fut conservé jusqu'à la disparition de la poste aux chevaux en 1873. (3)

A titre d'exemple nous montrons ci-après l'évolution de la poste aux chevaux dans un département.

Les routes de poste en Loire-Inférieure et leur évolution,

En 1782, quatre routes de poste traversent le département (4)

- Paris à Nantes,

- Nantes à Bordeaux,

- Nantes à Rennes par Derval,

- Nantes à Lorient.

Sur ces 4 routes sont situés 13 relais y compris celui de Nantes. La route de Nantes à Bordeaux est aussi celle de Nantes à Niort, à Poitiers et à La Rochelle; ces routes ont un tronc commun sur le territoire du département puisqu'elles suivent le tracé de l'actuelle route nationale n°137 entre Nantes et Montaigu Cette situation va rester stationnaire jusqu'au début des années 1830. Avec la mise en poste des routes suivantes, de nouveaux relais sont créés ce qui porte leur nombre à 17 :

- Nantes à Rennes par La Meilleraye et Chateaubriant en 1834,

- Nantes à Laval par La Meilleraye et Châteaubriant en 1835,

- Nantes à Poitiers par Clisson, Cholet et Bressuire en 1836.

 En 1845 les routes de poste sont les suivantes; elles sont au nombre de 16 et comportent 27 relais. (5)

- Angers à Nantes par Chemillé et Vallet,

- Bordeaux à Nantes,

- Nantes à Brest,

- Nantes au Havre,

- Laval à Guérande,

- Paris à Nantes,

- Rennes à Nantes par Derval et Bout-de-Bois,

- Rennes à Nantes par Derval et Nort,

- Rennes à Nantes par Chateaubriant,

- Laval à Nantes par Nort,

- Laval à Nantes par Ancenis,

- Laval à Nantes par Bout-de-Bois,

- Angers à Bourbon-Vendée par Vallet, (6)

- Angers à Vannes,

- Angers à Rennes par Candé et La Chapelle-Glain,

- Angers à Rennes par Segré.

Le tableau intitulé " Les relais de poste en Loire-Inférieure" donne la liste des relais pour les années 1826, 1836 et 1845. C'est entre 1840 et 1850 que leur nombre est le plus important. (7) En effet, la construction simultanée des lignes de chemin de fer de Paris à Bordeaux et de Paris à Nantes avec tronc commun entre Paris et Tours commence en 1840. La section Orléans-Tours est terminée en 1846 et les trains arrivent à Nantes en août 1851. Puis la ligne de Nantes à Savenay et Saint-Nazaire est mise en service en 1857 et enfin l'embranchement sur Redon en 1862. (8)

Les relais de poste situés sur les itinéraires correspondants périclitent ou même disparaissent avec l'arrivée du chemins de fer, ce dernier privant de leur clientèle non seulement les maîtres de poste mais également les entreprises de messageries. Cette situation est générale en France et, en 1847 et 1848, un crédit spécial est inscrit au budget << pour subvenir aux dépenses que pourrait exiger le maintien des communications en poste sur les routes parallèles aux chemins de fer en cours d'exécution. >>(9)

La profession de maître de poste devient moins intéressante. Le relais de La Croix-Saint- Laurent, l'un des plus modestes de LoireInférieure, est vacant en 1850 et supprimé en 1853 faute de trouver un titulaire. En 1854, les relais de la Seilleraye, Oudon et Varades, situés sur l'itinéraire de la voie ferrée reliant Nantes à Angers, sont supprimés. En revanche, Ancenis, placé sur le même itinéraire est maintenu du fait des liaisons qu'il permet en direction de Pouancé. Et La Moere, Le Temple et Pontchateau, sur la ligne Nantes à Redon disparaissent peu après 1862 et dix ans plus tard il ne restera plus un seul relais dans le département.

Autres activités des Maîtres de poste

Les maîtres de poste ont toujours eu une situation relativement aisée. Ils possèdent en général un capital non négligeable, sous la forme du bâtiment du relais, d'un nombre de chevaux sensiblement supérieur à celui imposé par le gouvernement pour les besoins de la poste et de terrains indispensables pour l'entretien du cheptel. Ainsi, en janvier 1835, le maître de poste de Nantes fait l'acquisition d'un immeuble neuf, au n°20 de la rue des Arts, pour la somme de 32.000 Frs, où il installe son relais. Quelques années plus tard, il possède divers biens immobiliers à Nantes, en Vendée et, à proximité de Nantes, la propriété où il met au repos une partie de ses chevaux; les terres de cette exploitation lui fournissent de plus tout ou partie du fourrage qui lui est nécessaire. En 1850, la valeur du brevet de maître de poste de Nantes est estimée à 15.000 Frs. (10)

Les maîtres de poste comme les entreprises de messageries utilisent pour leurs attelages des chevaux des races françaises traditionnelles : on y trouve des bretons, des percherons, des boulonnais, des ardennais et des franccomtois. Au cours des ans, les services des haras nationaux se sont efforcés d'améliorer les qualités de chevaux de traits de ces races par des croisements avec des éléments de race arabe. On disait, vers 1830, que les véhicules qui amenaient le poisson des ports de la Manche à Paris étaient fréquemment attelés de "juments maréeuses" de race boulonnaise.

Outre leurs activités propres, les maîtres de poste vendent le fumier de leurs écuries comme engrais pour l'agriculture. Certains ouvrent des carrières de pierre et soumissionnent aux adjudications pour l'entretien des routes.

D'autres ont eu parfois une activité de mareyeur pour assurer le transport du poisson entre la côte de la Manche et l'agglomératioin parisienne.

 D'autres enfin s'associent parfois pour exploiter des lignes de transport public de voyageurs. (11)

Par exemple, en 1845, les maîtres de poste de Carquefou (VIAU), Saint-Mars-la-Jaille (LETORT), La Chapelle-Glain (NICKEL), Craon (BESNIER) et Cossé-le-VIvien (BESNIER), localités situées entre Nantes et Laval, créent une société pour exploiter une ligne de voitures publiques de transport de voyageurs entre ces deux villes, distantes de 124 Km par cet itinéraire. Compte tenu de la vitesse prévue dans l'acte de société ( 1 Km en 6 minutes), le voyage ne devait pas durer moins de 14 heures avec les arrêts.(12)

 

 Visiteurs 2002 :

(1) - LEROY (Jeanne) - La poste du roi - Les chevaucheurs de l'Ecurie du roi, in Bulletin de la Société des Antiquaires de l'ouest et des musées de Poitiers, 3ème tr.1985, p.202,

(2) - ANXIONNAT (Eugène) - Historique de l'organisation de l'ancienne poste aux chevaux en France, Paris, Ph. Renouard, 1907, Bib. nat. 8° Lf 92 119. La vitesse de 2 lieues à l'heure était le double du minimum fixé par Richelieu,

(3) - Une circulaire du 4 août 1871 déclara supprimé tout relais mal tenu, démonté ou insuffisamment entretenu, Et, le 4 mars 1873, une décision du ministre des finances supprima le dernier relais, celui de Paris, devenu inutile et conservé par l'Empereur Napoléon III pour ses déplacements à Saint-Cloud et à Versailles,

(4) - Liste générale des postes de France pour l'année 1782, Médiathèque de la ville de Nantes - 101561. - En fait, deux d'entre elles ont parfois été réunies en une seule sous la dénomination, Bordeaux-Brest ou Bordeaux-Lorient ou Rochefort-Brest,

(5) - Livre de poste de 1845. En 1845, les deux grandes entreprises françaises de messageries et de diligences en Loire?Inférieure :

- les Messageries Royales de la rue N.D. des Victoires à Paris ont leur bureau à Nantes, place Graslin

- les Messageries Générales de France, Laffitte, Caillard et Cie, qui ont leur bureau de Nantes, place Royale, n°3

Il y a en outre deux entreprises locales importantes :

- les Berlines Postes, place Graslin,

- les Messageries Bretonnes, place Royale, n°1

Toutes assurent des services sur Paris, Rennes, Bordeaux et Brest, ( d'après Étrennes Nantaises pour 1845; imprimerie Vve Camille Mellinet; page 208.)

(6) - Angers à Bourbon-Vendée par Cholet ne traverse pas la Loire-Inférieure,

(7) - On a l'impression que l'annonce de la construction prochaine de lignes de chemin de fer a provoqué la création de nouvelles routes de poste et de nouveaux relais,

(8) - Catalogue de l'exposition des Archives départementales de Nantes de 1977 sur les chemins de fer en Loire-Inférieure,

(9) - Loi sur les relais de poste n°13.713 du 8 août 1847. (175,000 Frs sur l'exercice 1847 et 350,000 Frs sur l'exercice 1848,) Bulletin des lois du 2ème semestre 1847,

(10) - Arch. dep. de Loire-Atlantique, LQ 3554 page 38, Mutations par décès,

Cette somme de 15,000 Frs figure dans la déclaration de succession faite par l'épouse du maître de poste après le décès de son mari comme " valeur du brevet de maître de poste à Nantes". Cette rédaction peut faire penser qu'à l'époque le brevet en cause etait assimilable à une propriété susceptible de le monnayer comte un office ministériel et faire partie des biens à partager lors d'une succession, Or, d'après la loi du 24 juillet 1793 et notamment son article 69, les maitres de poste sont considérés cotte des agents commisionnés d'un service public; la faculté de disposer de leur établissement ne comprend pas le droit de céder le brevet sais seulement celui de présenter un successeur à l'administration qui est libre de l'agréer ou non, ( VAN HUFFEL, Manuel des maîtres de poste et entrepreneurs de voitures publiques, Delaunay, Paris, 1939, Bib,du Musée postal,88-153)

 (11) - Ainsi que nous l'avons dit plus haut, la loi du 15 ventôse an XIII (6 mars 1805) impose à tous les entrepreneurs de voitures publiques n'utilisant pas les chevaux de la poste de payer aux maîtres de relais une indemnité de 25 centimes par poste et par cheval attelé à chacune de leurs voitures, Des positions diverses sont prises alors par les entrepreneurs en cause, Les uns préfèrent posséder leurs propres relais et payer l'indemnité aux maîtres de poste, D'autres, craignant que les maîtres de poste s'organisent et créent, en se groupant, des entreprises concurrentes, passent des accords avec eux pour la conduite de leurs propres voitures par les chevaux de la poste, D'autres enfin s'associent avec des groupes de maîtres de poste pour exploiter ensemble un ou plusieurs services de voitures publiques et de messageries,

Il y a alors, en 1854, dans les écuries du relais de la rue des Arts, 21 chevaux dont 8 dépendent spécialement de la poste aux chevaux, évalués entre 150 et 500 Frs l'unité, et, au repos, dans la propriété près de Nantes, 7 chevaux dont 2 hors d'age évalués entre 100 et 250 Frs l'unité,

 (12) - Arch. dep. de Loire-Atlantique - 1 Q 3460, p,7, Acte sous seing privé du 8 mars 1845, Le siège de la société est fixé à Nantes au bureau des " Messageries Laffitte". La société est créée pour une durée de 3 années. Le service sera effectué avec 2 voitures neuves confectionnées à Tours aux frais de la société. La voiture sera conduite par un conducteur postillon aux frais de la société et chaque sociétaire fait abandon de ses droits de poste au bénéfice de la société,

En 1850, la société existait toujours et une société similaire, dans laquelle figuraient deux des maîtres de poste ci-dessus, exploitait le service d'Angers à Rennes par Candé, La Chapelle-Glain et Chateaubriant,

Le croquis ci-joint donne le tracé schématique de ces deux services,

Pour donner une idée des progrès survenus dans les voyages entre 1782 et 1845, nous donnons un extrait du livre de poste de 1782 .